A travers ce deuxième article sur la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, nous notons que la diversité des sources d’investissement est essentielle à la pérennité d’une activité quelle qu’elle soit, y compris culturelle. France Télévision ne pourra promouvoir des programmes à la fois culturels et attractifs sans financement ; car le défi de France Télévision est bien de diffuser des programmes de qualité et créatif et cela demande de grandes ressources tout en constituant un danger pour les chaînes privées (prenons par exemple le succès de la retransmission de la pièce de théâtre de Sacha Guitry, Faisons un rêve ou des fugueuses avec Line Renaud et Murielle Robin en direct, en prime time).
Cette expérience est la preuve qu’économie libérale et création culturelle de qualité sont compatibles à la condition d’une volonté des personnes qui animent le projet. Sans ces éléments réunis, il semble que l’avenir des chaînes publiques soit court.
Revenons sur quelques chiffres afin de mieux comprendre cette bataille silencieuse entre TF1 / M6 et les chaînes France Télévision. :
Des mesures en faveur de la diffusion publicitaire à la télévision ont été approuvées par les gouvernements passés alors que le temps des communications annonceurs a été réduit sur les chaînes publiques :
En 1996, les coupures publicitaires passent de 4mn à 6mn
En 2000, le temps publicitaires accordé à France Télévision passe de 12mn à 10mn par heure.
Pour passer à 8mn en 2001.
En 2007, ouverture de la publicité télévisée aux annonceurs de la grande distribution.
L’enjeu des chaînes privées est important et l’exemple de TF1 un cas d’école : 60% de ses ressources sont issu de la publicité télévisée alors qu’en février 2008 son audience atteignait 27,5% (plancher historique) et représentait une chute de 10 points en 10 ans.
Des projections chiffrées nous donnent un aperçu du paysage télévisuel si les lois en cours de décisions sont votées (Données issues du magazine Télérama n°3038 semaine du 5 au 11 avril 2008) :
La suppression de la publicité sur France Télévision équivaudrait à 1 transfert des ses investissements vers les chaînes privées d’une valeur de 750 millions d’euros.
La transcription de la directive européenne « télévision sans frontière » en droit français amènerait les chaînes privées à diffuser en moyenne 4 spots publicitaires en 1 heure (24 mns de pub entre 20h30 et 21h30) Résultats : 90 millions d’euros par an pour TF1 et 45 millions d’euros par an pour M6.
La redevance devrait augmenter de 20 à 30% pour récupérer la perte de ressources. Rappelons que celle de France est la plus basse d’Europe : 116€ contre 200€ pour la Grande Bretagne et l’Allemagne.
Dans le chat Idées & Débats des Echos en ligne, René Bonnell souligne plusieurs points intéressants notamment le risque de l’augmentation du coût de la publicité pour les annonceurs dû a une raréfaction des écrans et donc une orientation des annonceurs vers d’autre média.
Il précise «également que cette nouvel règlementation pourrait avoir également des conséquences plus large, comme sur la production cinématographique française, puisque les chaînes publiques doivent consacrer entre 25 et 30% de leur ressources à la création originale (cinéma, fiction, documentaires…) dans le cas où les recettes ne seront pas compensées.
Et enfin, il est mis en avant qu’avec l’avènement d’Internet et de la TNT, les chaînes publiques et privées doivent faire face à de nouveaux comportement de téléspectateur : en effet, les nouvelles générations acceptent de moins en moins l’imposition de programme à heure fixe et souhaite davantage créer son programme à la carte. Les chaînes doivent intégrer ses nouveaux paramètres économiques dans leur stratégie à venir.
Pour plus d’information sur cet article, vous pouvez lire :
- Le magazine Télérama n°3038 de la semaine du 5 au 11 avril 2008
- Peut-on supprimer la pub sur les chaînes publiques ? (lesechos.fr)